Ce 3eme chapitre sera exclusivement consacré aux bricolages , réparations et autres pannes de coeur et de moteur . Il conviendra de s'y référer pour découvrir toutes les subtilités de la vie à bord d'un voilier !
Tome 1 : le dessalinisateur autrement dénommé le dessal
Le dessal ...., mécanique prodigieuse qui aurait permis à tous les curés naufragés sur une île déserte de transformer en
eau bénite n'importe quel océan....Les vrais voiliers hauturiers , ceux qui naviguent au long cours et ne s'arrêtent jamais de tourner en rond , en ont un à bord , forcément!
Il est souvent l'objet de soins particuliers de la part du capitaine qui ne saurait envisager de boire son pastis à l'eau de mer . Pour ma part , je préfère nettemnt le Clos Vougeot qui dans
tous les cas se boit sans eau !.
Le dessal d'Apsara a , lui, décidé de se transformer soudainement en geyser peu après le départ de Saint Martin par une belle après-midi de Février. Le tuyau de raccordement , soumis à une pression de 60 bars s'est enfui de son logement et la remise en place à force de Serflex doublés et de manifestations liturgiques au dieu dessal n'y ont pas suffi.Et que croyez -vous qu'il advint ?.....on ne parlait même plus de pastis à l'eau de mer mais de dentifrice à l'eau de mer , puis de pâtes et riz à l'eau de mer et Cuba se profilant à l'horizon , nous échappâmes de peu au p'tit dej à l'eau de mer . Sacrilège !!!!
Michèle et sa foi inébranlable dans les ressources de son imagination ne tardèrent pas à intervenir après que l'un de nos voisins à Santiago nous ait dégoté au fond de son cockpit , de la pâte à souder supportant 80 bars de pression . Elle emboutit les 2 extrémités fauteuses de trouble , tartinées de la fameuse pâte à souder renforcée de fil à coudre (sic), prétextant que la résistance de la dite-pâte se trouverait fortifiée par cette astuce !!C'est du moins ce qu'elle a prétendu avoir appris dans ses cours d'architecture. Le Corbusier doit encore se péter de rire au fond de sa tombe mais , un qui ne riait plus du tout , c'était Adrien qui commençait à avoir 200 bars de pression dans la chaudière, comprenant que si la pâte ne parvenait pas à résister , en revanche il serait impossible de la retirer de chaque embout ....Et que croyez-vous qu'il advint ?Eh bien la réparation a tenu pendant un nombre non négligeable de jours , suffisamment du moins pour nous prouver qu'une fois de plus selon Einstein :"La théorie , c'est quand on sait tout et que rien ne fonctionne , la pratique c'est quand tout fonctionne mais personne ne sait pourquoi". A défaut d'alimenter le réservoir d'eau douce , cette réparation a alimenté les conversations et autres ironies du soir jusqu'à l'été et conforté Michèle dans sa conviction que nous n'étions , Adrien et moi , que des "sceptiques" .
Tome 2 : objets volants , écrous, vis et cavaliers plongeurs
J'avais poursuivi ma déjà longue carrière de gaffeuse sur le Kourou en Guyane en lachant précisément une gaffe lors de la prise de coffre devant le ponton du CNES, avec 5nds de courant autant dire que la gaffe avait du terminer sa vie dans la fosse atlantique à 5.000m de profondeur . J'ai une nouvelle fois fait preuve de tout mon talent en la matière dès l'arrivée au Rio Dulce en laissant plonger 3 vis , 2 écrous , un cavalier inox bien sur , une planche découpée sur la jupe arrière , sans parler des pinces à linge La boite à pilule de Michèle avait subi le même sort dans la baie du Marin à Fort de France . Y a-t-il un fournisseur d'attaches élastiquesqui pourrait résoudre le problème , récurent certes , mais , ô combien invalident ,du lâcher d'objets dans le milieu aquatique qui nous entoure?On pourrait imaginer un réseau infini de petits élastiques , ficelles et autres liens pour permettre au polio de mon acabit d'éviter le lâcherd'objets vitaux . Non , le problème est ailleurs et il me faut urgemment suivre un stage intensif de rééducation de la main gauche si gauche .
Tome 3: la graisse miracle d'Adrien
Après avoir débloqué l'engrenage de l'enrouleur de la grand voile , nous avons oint l'ensemble avec une graisse dont Adrien prétend qu'elle permet de conserver à tous les rouages une fluidité dans les mouvements quasi éternelle .Mais il en use avec parcimonie vu le cout de la boite de graisse . Il serait bon , je pense , quelque soit son cout ,d'en avoir en stock pour une durée indéterminée, car elle ne graisse pas seulement les rouages mécaniques !!!!
Tome 4 :BLU,SAILMAIL,et autres moyens de communication
Il est certes probant que ,voulant se séparer des moyens de communication et de désinformation usuels tels que tele , journaux, téléphone, etc ( sans regret , le journal de 20H avec PPDA , Claire Chazal, et autres présentateurs guimauves...d'ailleurs la séparation de corps était déjà effective!)nous ne pouvons échapper aux liens maritimes, aériens et satellitaires pour , au moins , connaitre la meteo et envoyer quelques mails pour rassurer notre famille sur notre folle aventure.Comment ça se passe , me direz-vous ?Il vous faut pas moins de 3 casseroles pour faire la tambouille communicationnelle :
-une BLU , radio émettrice réceptrice sur bandes laterales uniques ( très grandes ondes qui se propagent partout dans le monde )SSB pour les anglophones
-un modem dénommé PACTOR I II ou III suivant l'âge
-un ordinateur programmé pour faire mumuse avec le modem et rejoindre la BLU
Première couille dans le potage: les raccords ne concordent pas vu l'age du PACTOR : USB , RS 232 , le mien ( d'ordinateur ) refusera catégoriquement de vouloir se mettre en rapport avec le modem . Certes l'ordi d'Adrien vieux modèle TOSHIBA fonctionne ( c'est dans les vieilles casseroles qu'on fait les meilleures soupes ).Ah! j'oubliais , il faut au préalable initialiser le modem en fonction du type de BLU .... ce serait trop simple !Quand tous ces ingrédients sont prêts on peut enfin brancher le tout :
1-mettre le contact moteur (sinon la BLU ne fonctionne pas !)
2- mettre la BLU en marche
3- mettre le modem en fonction
4- enfin mettre l'ordi en route et ouvrir le programme Sailmail
Voilà , vous avez déjà perdu une heure car forcément , vous avez oublié de brancher l'ordi sur le modem ou l'inverse ou le raccord est mal mis ou bien...... vous me suivez toujours ou vous dormez ? ..... et là commence le plaisir des concerts de brouillage d'écoute : grcreu..;grcreu...grcreu...grcreu...; tapez votre mail , mettez le dans la boite d'envoi , ça vous évitera de le perdre en attendant d'avoir la fréquence adéquate .... car voilà le hic : il faut trouver la fréquence qui vous permette d'envoyer le mail par la BLU .... gruiiit...gruiiit...gruiiit ....gruiiit ...la BLU fonctionne ....choisissez le lieu d'émission -réception , vous avez le choix ,Daytona , Rock Hill, Panama , une quinzaine sont à votre disposition de part le monde... puis vous choisissez une fréquence..2807,90 .....ticlic....ticlic....ticlic...ticlic...c'est occupé ....une autre ...5310,50 ...chcreu...chcreu..chcreu...chcreu..un espoir point à l'horizon ...eh non! déconnecté!Après 20 essais et une nouvelle heure de perdue , vous percevez le chuit...chuit...chuit...chuit...prometteur de connection et enfin le vert s'affiche sur la fenêtre ; 20 mn suffiront pour envoyer deux lignes .
Baigné d'admiration devant les prouesses de la technique moderne pour connecter les hommes , vous pouvez enfin vous réjouir d'avoir signalé à votre famille que tout va bien et que la sérénité règne à bord .., ce dont elle ne doutait guère puisque : pas de nouvelles , bonnes nouvelles ! tout ça pour la modique somme de 250$ d'abonnement à Saimail , c'est toujours mieux que le journal de 20h ...non?
Un seul regret : Sailmail, Toshiba, Pactor et Furuno (BLU) ne fournissent pas l'aspirine post -mise en oeuvre
Tome 5 : les délices de MIchèle
Capoue n'est pas au milieu de la mer et ses fameux délices ne traversent pas les océans .Qui pourrait croire alors que , loin dans l'immensité marine , il existe un petit havre où les nourritures terrestres ont des parfums et des saveurs de paradis.
Cela pourrait s'appeler les délices de Michèle mais bien peu saurait , je crois , nommer cette poésie .
J'aimerais pouvoir le dire en vers car la rime est riche pour exprimer les plaisirs chaque jour renouvelés des prouesses culinaires de Michèle .J'aimerais pouvoir le peindre tant les couleurs vous inspirent les papilles de mille saveurs .J'aimerais pouvoir le chanter tant les modulations du répertoire sont chaudes et variées. J'aimerais pouvoir traduire en quelques pas de danse la générosité de ses mets tant il ya de coeur dans ses préparations .
Meilleure encore que la petite madeleine , le souvenir du tiramisu précieusement concocté vers Saint Domingue fait naitre en moi des parfums de plénitude .
Peu lui chaut la mouvance du navire , peu lui chaut les maigres ingrédients patiemment récoltés à bord , peu lui chaut la
modestie des instruments et la solitude du fourneau.En quelques instants son imagination est à l'ouvrage et par mille tours de magie jaillissent dans les assiettes , poèsie , couleurs , saveurs
.
A tout ceux et celles qui pourrait apprécier ces quelques mots , s'il vous plaît , ne trahissez pas notre secret ,car nous pauvres incompétents maladroits , nous ne voulons surtout pas partager le bonheur toujours recommencé des délices de MIchèle
Tome 6 Le presse-étoupe , le tourteau d'accouplement et le pointeau:
Non , ce n'est pas une fable de La Fontaine , c'est un chapitre , au demeurant fort interessant, que je vous avais promis
depuis fort longtemps sur le système qui permet à un voilier d'avancer également au moteur . On voudrait bien que ça ne marche qu'à la voile , un voilier, mais Eole est parfois défaillant et nous
vivons aux 21eme siècle , les galères ont disparues ( pas toutes ...!)...et puis il faut bien rentrer au port où la bière , le cuba , libre et le planteur nous attendent ....
Moteur!! qui dit moteur , dit transmission à un moyen de propulsion : l'hélice . pour faire tourner cette hélice qui se trouve dans l'eau , forcément ,il faut une liaison entre le moteur et
celle-ci . L'accouplement entre l'arbre d'hélice et le moteur , eh bien , c'est le tourteau d'accouplement . Si cet arbre se désolidarisent du moteur , fixé qu'il est par le tourteau et un
pointeau qui le bloque , l'hélice ne tourne plus et aurait même tendance à s'enfuir de son logement coté mer .A ce stade-là , les explications sont inutiles , c'est le scénario catastrophe .
Pour permettre enfin à l'arbre d'hélice de rejoindre l'hélice , il existe un système ingénieux d'étanchéité qui s'appelle le presse -étoupe . Il est vraisemblable qu'autrefois il
s'agissait d'une étoupe qui calfatait la liaison , Puis enfin la bague hydrolube permet à l'arbre de sortir de la coque . La multiplicité de ces liaisons font qu'i l y en a toujours une qui
défaille au mauvais moment.....et moi je rêve de n'avancer ( ou reculer )qu'à la voile .
fait à Santiago.Je laisse le soin à MIchèle de vous donner son sentiment sur ce pays :
20.000 rêves surgissaient dans la cocotte- minute qui , ce soir-là a bien failli exploser.